Exhibition

Bunpei Kado : Fountain / Sleep
Fountain - JPN, 2018, mixed media

  • 角文平 - Fountain / Sleep

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Bunpei Kado : Fountain / Sleep

2018. Nov. 30 (Fri) - Dec. 24 (Mon)

Art Front Gallery is pleased to announce Bunpei Kado's solo show.
Date 2018. Nov. 30 (Fri) - Dec. 24 (Mon)
Hours 11:00 - 19:00 (closed on Mondays and Tuesdays / open on Monday, Dec. 24)
Reception 2018. Nov.30 (Fri) 18:00-20:00
Suspended World
Clélia Zernik
Art critic and a professor of philosophy at The École Notaionale Supérieure des Beaux-Arts Paris

In front of Bunpei Kado's works, it is first of all the experience of weight and lightness that one experiences. Nothing is more obvious to understand the weight of things than to try to make them fly, nothing is more striking to the mind than to laugh to understand the seriousness of what surrounds us. Thus Bunpei Kado plays the tension between gravity and lightness, with a delicate poetry. To understand the harmfulness of cars and bombs, Bunpei Kado inserts them into a levitation system that makes them airy and light in a combination of lyrical and serious false-connection all at once. Trying to make things fly away is a way to appreciate their weight, their resistance, their heaviness, their negativity. It is precisely by pretending to be above ground that with a poetic and critical distance, he questions our world and our society, with the eyes of a "definitive dreamer" (André Breton)

In the same way, with its barrels of oil / chocolate fontain, Bunpei Kado combines strong symbol of the countries, economic power, evocation of the war for the energies, the pollution and the catastrophic scenarios which follow from it, with the regressive pleasure of children of a chocolate given in unlimited quantity. A way to shift the gaze, to introduce gluttony and lightness in the face of a black statement of the world. In addition, the stereotyped and manufactured character of the objects contrasts with the art of DIY and the hand-made of the artist. Again, this creates a tension, a system of gauge between dehumanized industrial world and a personal, humanized and warm look on the world. His objects are a system of balance and equilibration between the forces of self-appropriation by a dangerous capitalist world and the poetic reveries by the subjective creativity of the human eye.

With Bunpei Kado, the world is suspended, in the double sense of suspense : it is at the same time suspended, in levitation, it has lost its gravity and its seriousness to be only a poetic evocation out of ground; and paradoxically, in a game of weight and balance, one measures all the more its fragility, its precariousness. The world is in suspense, that is to say in danger, threatened, its equilibrium is precarious, and its announced fall is looming.

The art of connection and collage, which at the same time poeticizes the world and puts it into question, properly speaking, makes it an enigma, is obviously political and critical. Recall that the ambition of the surrealists was to "transform the world", to "change life", by linking in an indissociable way - without ever wanting to confuse them - the poetic revolution and the political revolution. Using the dialectic between aesthetics and politics, the incrustation and the heterogeneous become a new optical instrument to see the world: just as the microscope serves to see the infinitely small invisible to the naked eye, just as the telescope allows to see the infinitely distant also invisible, the false-connection, the collage, the association between the lightness and the gravity, the humor and the seriousness used by Bunpei Kado reveal the invisible inconsistencies and absurdities of our contemporary world.






[Original]

Suspended World :

Face aux œuvres de Bunpei Kado, c’est d’abord l’expérience du poids et de la légèreté dont on fait l’expérience. Rien de plus évident pour comprendre le poids des choses que de chercher à les faire s’envoler, rien de plus saisissant pour l’esprit que de rire pour comprendre la gravité de ce qui nous entoure. Ainsi Bunpei Kado joue-t-il de la tension entre gravité et légèreté, avec une poésie délicate. Pour comprendre le caractère nuisible des voitures et des bombes, Bunpei Kado les insère dans un système de lévitation qui les rend aérienne et légère dans une association en faux-raccord lyrique et sérieuse tout à la fois. Essayer de faire s’envoler les choses, c’est une manière d’apprécier leur poids, leur résistance, leur pesanteur, leur négativité. C’est précisément en faisant mine d’être hors sol qu’avec une distance poétique et critique, il interroge notre monde et notre société, avec les yeux d’un « rêveur définitif » (André Breton)
De la même manière, avec ses barrils de pétrole/ chocolate fontain, il associe symbole fort des pays, puissance économique, évocation de la guerre pour les énergies, la pollution et les scénarios catastrophiques qui en découlent avec le plaisir régressif d’enfant d’un chocolat donné en quantité illimitée. Une manière de décaler le regard, d’introduire de la gourmandise et de la légèreté face à un constat noir du monde. De plus, le caractère stéréotypé et manufacturé des objets contraste avec l’art du bricolage et du fait-main de l’artiste. Là encore, cela créée une tension, un système de jauge entre monde industriel déshumanisé et regard personnel, humanisé et chaleureux sur le monde. Ses objets sont autant de système de balance et d’équilibration entre les forces de désappropriation de soi par un monde capitaliste dangeureux et des rêveries poétiques sur la créativité subjective du regard humain.
Chez Bunpei Kado, le monde est suspendu, au double sens de suspense/ suspens : il est à la fois suspendu, en lévitation, il a perdu sa gravité et son sérieux pour n’être qu’une évocation poétique hors sol ; et paradoxalement, dans un jeu de poids et de pesanteur, on mesure d’autant plus sa fragilité, sa précarité. Le monde est en suspens, c’est-à-dire en péril, menacé, son équilibre est précaire, et sa chute annoncée se profile.
L’art du rapprochement et du collage qui à la fois poétise le monde et le met en question, à proprement parler, le met en énigme, est evidemment politique et critique. Rappelons que l’ambition des surréalistes était de « transformer le monde », de « changer la vie », en liant de manière indissociable – sans pourtant jamais vouloir les confondre – la révolution poétique et la révolution politique. Usant de la dialectique entre esthétique et politique, l’incrustation et l’hétérogène deviennent un instrument d’optique nouveau pour voir le monde : tout comme le microscope sert à voir l’infiniment petit invisible à l’œil nu, tout comme la longue vue permet de voir l’infiniment lointain également invisible, le faux-raccord, le collage, l’association entre la légèreté et la pesanteur, l’humour et la gravité permettent de révéler les incohérences invisibles de notre monde contemporain.

Clélia Zernik
Art critic and a professor of philosophy at The École Notaionale Supérieure des Beaux-Arts Paris

Plan drawing Sleep, 2018

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